C’est à Bastia en 1954 que nous entraîne le premier roman de Jean-Marc Graziani, De nos ombres, publié début septembre.
Joseph, 12 ans, n’est pas un enfant comme les autres, il a un don : il entend des voix, des chuchotements, des invitations à libérer les morts de leurs secrets. Un don lourd pour un enfant, mais heureusement, son arrière-grand-mère Mammò, « ombre lumineuse », est là pour l’accompagner.
Suivre ce duo, c’est plonger dans le flou d’un rêve ou d’un souvenir. Bercé par le flux de conscience des multiples narrateurs, flottant entre les époques et les lieux, le lecteur est porté par la fluidité et le rythme incantatoire des mots.
De nos ombres est un roman sur les secrets qui doivent être révélés, sur les histoires qui doivent être racontées. Il perpétue les souvenirs, révèle les êtres à eux-mêmes et au lecteur, bouscule les apparences dans un style puissant, sensible et poétique.
Ce récit arborescent, tout en clair-obscur, échos et résonances, dresse de superbes portraits de femmes. Mais il est aussi une réflexion sur la puissance de l’écriture et le rôle de l’écrivain : l’auteur est-il un démiurge ? Est-il au contraire le pantin de ces histoires et de ces personnages qui veulent être entendus ?
Il demeure, en tout cas, celui qui dévoile, celui qui « trafique le temps (…) pour mêler les histoires », celui qui possède le don de faire revivre les morts pour « dire qu’ils étaient de sang, dire qu’ils étaient de larmes, dire qu’ils étaient en vie…».
