Eric Moussambani. On ne se souvient pas de son nom, mais on se rappelle tous de son 100 mètres aux J.O. de Sydney en 2000. Le jeune équato-guinéen, qui n’avait de nageur que le nom, a péniblement terminé son épreuve, sous le regard mi-apitoyé, mi-goguenard du monde entier.
Mahamat-Saleh Haroun s’est inspiré de cette histoire pour Les Culs-reptiles. On reconnaît Moussambani en Bourma, le héros d’Haroun, qui va accomplir sensiblement le même parcours. Et l’on devine chez l’auteur le désir de redonner toute sa dignité à ce sportif d’un jour.
Au-delà, c’est le portrait amer d’un continent africain en proie à ses démons, condamné à reproduire sans cesse les mêmes erreurs, que dessine Haroun. Un continent où les gouvernants contemplent d’un oeil distrait la jeunesse, les culs-reptiles du titre, s’enfoncer dans l’apathie et le désespoir. Mahamat-
Saleh Haroun sait de quoi il parle. Réalisateur célébré dans le monde entier, et récompensé à Cannes et à la Mostra de Venise, il a été nommé ministre de la Culture au Tchad en 2017. Il a démissionné un an plus tard.
Avec Les Culs-reptiles, cet artiste aux multiples talents signe un roman aussi drôle que bouleversant. Une fable d’une cruelle lucidité. « Et nos souvenirs du 100 mètres de Moussambani, à Sydney, en sont à jamais changés.


