Le vertige de la page blanche, Sébastien Gendron ne connaît pas. En vingt ans, l’écrivain du Sud-ouest a signé vingt romans. Sans compter les nouvelles qui se glissent dans les interstices. Mais ce n’est pas ce qui nous impressionne le plus.
Sébastien Gendron écrit des romans noirs que personne d’autre ne pourrait écrire. Il faut dire que des requins préhistoriques, des pingouins cocaïnomanes et des tueurs à gages discount (259 euros max, pièces et main d’œuvre), on n’en croise pas tous les jours au rayon polars.
Et pour cause. Ces idées délirantes, sous la plume d’un autre, tourneraient vite au désastre. Alors que Gendron, par un tour de force que personne n’est encore parvenu à s’expliquer, en fait des fables rocambolesques qu’on prend un plaisir fou à dévorer.
Des fables qui, comme toute bonne fable, grossissent le trait, mais ne se gênent pas, en passant, pour asséner deux ou trois vérités sur leur époque.
Et puis dans son dernier roman, Chez Paradis, surprise : pas de mégalodons, pas de pingouins, mais un garage-motel pourri au fond d’un bled de province, où vont se régler de vieux comptes.
Un roman noir old school, chez Gendron ? Voire. Au fil des pages, on sent que ça va pas tarder à partir en vrille. Et effectivement, ça tarde pas. Nous voilà rassurés.


